Ainsi t’ai-je vue

Une carmélite cannibale
Rougeoyant des feux
D’une très ancienne revanche
Au goût de sable ensanglanté
De probables arènes

Une captieuse fleurissant
De mille gerbes odorantes
Aux couleurs irréelles
Les pas de tes semblables

Une lionne alanguie
Repue et contentée
À l’ombre fraîche
D’un arbre mâle souverain

Une déesse fertile
Enfantant sans cesse
Le réconfort des hommes
Collier de colibris de pourpre
Jeté sur tes épaules

Une brise de mer
Souffle chaud et parfum de gorge
Venue des horizons incertains
Pourpoint d’ambre veloutée

Une petite fille insupportable
Sœur de lumière
Des quartz purs
Ciselés d’altitudes insondables

Une poupée gigogne
Au son de nacre ciselée
Sans cesse réinventée
Se nourrissant d’elle-même

Une danseuse lascive aux pieds nus
Violemment belle aux ombres du matin
La fraîcheur de la pierre
Ne peut rien tenter

Une guerrière apatride
Au fuselage d’argent
Foudroyant
Déchirant l’atmosphère
De ses avidités

Fille de l’orage et du vent
Imposant le silence
Aux intimes bavardages
Vomissant le lait maternel

Une brise d’âme sauvage
Agissant de concert
Excomunio
Avec les puissances secrètes
Terre, feu et eau

Une reptilienne ondoyante
Elliptique en son centre
Trompant ses propres feux
Insolente, à la face des dieux

Capricieuse ingénue
Étonnante perverse
Nettoyeuse de firmament
Une eau tourbillonnante
Sous un ciel noir d’étoiles

Femme mère immuable
Dans sa fécondité
Réconfortant les hommes
Redonnant forme au monde
S’égarant volontiers
Dans des voûtes obscures

Ainsi t'ai-je vue