Amoureux du Tao

"Toi, il va falloir que tu travailles deux fois plus que les autres!" Cette réflexion à voix haute de mon professeur d’EPS au collège (j’ai 12-13 ans) m’a humilié.

Je suis allé vers les arts martiaux par complexe d’infériorité.
Je suis devenu habile.
J'ai cru que je gagnais en confiance.
J'ai même cru sincèrement en mon pouvoir, sans vouloir voir qu'il opérait uniquement sur le tatami, dans son cadre ritualisé tressé de connivence et d'allant-de-soi.
Mais au final je n’ai fait que me durcir.

Et j’ai eu la chance de rencontrer le Tao.
L’esprit du Tao.

C’est par le corps que l’on ressent.
Décuirasser.
Délier.
Affiner la perception.
Sans en être esclave.

On fait l’amour, on écoute de la musique, on s’émerveille devant une beau paysage.
Dans ces moments-là on s’abandonne.

Les voies de l’Asie qui cultivent l’abandon tenu…
Tenu, car pour se constituer dans l’abandon, il faut une structure, une guidance : le sublime maillage des contre-forces.

Cette façon de bouger ne fait pas que produire des effets : elle invite au questionnement, à la remise en cause, à l’ouverture d’esprit.

Passer de la fragilité de soi à la vulnérabilité en soi.
Question de positionnement.
La fragilité implique la peur, le manque, le déficit.
La vulnérabilité n’oblitère pas la confiance, cette force au visage d’eau pure.
La vulnérabilité est force, très grande force.
Donnant accès au plein, à l'entièreté.

Et puis : folie à priori, paradoxe apparent, un beau jour dépassés dans la joie : Il n'y a que dans la profonde vulnérabilité qu'on trouve la paix.

Est-ce compatible avec la martialité et le combat —fût-il imaginaire ?

Question ouverte.

Amoureux du Tao.

L'offrande de soi au monde comme voie d'être.

Âme-peau tendue sur l’essence du vide,
Résonnant de la force du vent éternel.
L'éternité s'invite, le temps devient allié.
Le corps tend vers ce à quoi il est destiné.
Le poids n'est pas le fluide.

C’est par le corps que l’on respire
C’est par la respiration que l’on vit
C’est par la vie que l’on aime
C'est par l'amour que l'on est.