Le concept du Continuum

Jean Liedloff a passé deux ans dans la jungle d'Amérique du sud vivant avec les indiens primordiaux. Cette expérience renversa ses conceptions occidentales sur la façon dont nous devrions vivre —et en particulier élever nos enfants— et l'amena à un point de vue radicalement différent sur le sens de notre vie humaine. Par le principe du Continuum, elle nous explique ce qui n'a pas fonctionné dans notre évolution trop brutale et nous apprend comment revenir à des principes plus adaptés à notre nature. C'est à dire à nous rappeler ce que nous ressentons au plus profond de nous-mêmes.

Une grande partie de notre tragédie réside dans la perte du sens de nos "droits" en tant que membres de l'espèce humaine.

Non seulement nous acceptons l'ennui avec résignation, mais également les innombrables autres violations de ce qu'il reste de notre continuum après les ravages du premier âge et de l'enfance. […] Nous apprenons à nous attendre au fait que nous serons méprisés par nos enfants et irrités par nos parents. Nous acceptons de vivre avec des incertitudes qui nous tenaillent non seulement concernant nos capacités professionnelles et sociales, mais aussi très souvent au sujet de nos relations.

Nous acceptons l'idée que la vie est dure et nous nous estimons chanceux du peu de bonheur que nous possédons déjà. Le bonheur ne constitue pas à nos yeux un droit acquis en naissant, mais est considéré tout au plus comme un sentiment de paix et de satisfaction. La véritable joie telle qu'elle est vécue par les Yékwanas la plus grande partie de leur vie est extrêmement rare chez nous.

Si elle était conforme aux attentes de notre espèce, notre vie serait tout autre.

Par exemple, nous n'imaginerions pas que nos enfants doivent être plus heureux que nous, adultes, ni encore que les jeunes adultes doivent être plus heureux que les plus vieux. Ces pensées nous habitent parce que nous sommes en constante recherche d'un but censé restaurer le sens perdu de la plénitude de nos vies.

Lorsque nous atteignons des objectifs sans avoir obtenu ce quelque chose sans nom, inconnu depuis notre plus jeune âge, nous ne croyons finalement plus que les espoirs suivants viendront nous soulager de nos attentes persistantes. Nous apprenons aussi à accepter la " réalité " ou à soulager du mieux que nous pouvons la peine d'une déception chronique.

À un certain moment au milieu de nos vies, nous commençons à nous dire que nous avons raté, pour une raison ou une autre, la chance de connaître le bien-être et que nous devons vivre avec les conséquences, dans un état de compromis permanent. Cet état de choses peut difficilement induire la joie.

En vivant comme nous avons été préparés à vivre, l'histoire peut être très différente. Les désirs du bébé cèdent la place à ceux des phases successives de l'enfance et chaque série de désirs comblés laisse place à la suivante (c'est moi qui souligne).

Le désir de jouer à des jeux disparaît ; le désir de travailler s'intensifie en devenant adulte ; le désir de trouver et de partager sa vie avec un membre attrayant de sexe opposé et épanoui suscite le désir de travailler pour son compagnon et d'avoir des enfants. Des motivations maternelles et paternelles se développent envers les enfants. Le besoin de s'associer à ses semblables est comblé de l'enfance à la mort.

Au fur et à mesure que se comblent les besoins du jeune adulte d'initier et de mener à bien des projets et que l'âge commence à réduire les forces physiques, les désirs deviennent ceux de voir ses êtres chers comblés, des désirs de paix, d'un nombre moins varié d'expériences.

Arrive ensuite le sentiment que le cycle de la vie se perpétue avec de moins en moins de contribution de sa part, et finalement sans plus aucune contribution du tout, lorsque le dernier des désirs de la vie est comblé et remplacé par rien d'autre que le désir de se reposer, de ne plus savoir, de s'arrêter.

À chaque phase, solidement fondée sur l'accomplissement de la précédente, le stimulus de désir reçoit sa réponse complète […].

Le sens du contniuum, autorisé à fonctionner dans nos vies, est capable de veiller à nos intérêts infiniment mieux que n'importe quel système intellectuel.