Metro humanitas

Ce matin, trajet en métro. En m'asseyant sur mon siège, plutôt que de me précipiter dans la lecture du journal que je venais d'acheter à mon ami Youssef sur la place Gambetta, je décidai que j'allais offrir un peu de mon attention à ces personnes avec qui j'allais partager mon trajet.

Sentiment de dilatation du temps devant tous ces visages, ces êtres, ces vies mélangées, entremêlées, réunies, ensemble un court instant.
Sensation d'une nappe silencieuse recouvrant toute tentative d'échange de parole ou de regard, trouée d'une voie lactée de pensées éphémères, tourbillonnantes, vibrionnantes, sourdes, entrecroisées, interpénétrées.
Dans le fracas métallique de la rame, cela avait presque un son palpable, un bruit plus que musique.

Où commençait et s'arrêtait ce groupe humain constitué auquel je me suis agrégé, sur cette ligne 3, entre Gambetta et Opéra ?
Puis, plus loin, un autre wagon, d'autres gens, d'autres bruits invisibles, d'autres fils impalpables tissant une trame de dentelle chaotique. Puis d'autres rames encore, devant, derrière. Puis cet autre métro suivant  le notre. Cet autre avant encore, ces réseaux souterrains, ces réseaux extérieurs, ces immeubles, cette ville, ce pays, ce monde..