J’attends le temps des imbéciles

Je suis consterné par les difficultés rencontrées ou les réticences affichées des leaders politiques français - qui ne sont pas les seuls - à oser la réforme de fond.

Leur marge de manœuvre est-elle tellement réduite ? La situation économique obère-t-elle à ce point leurs moyens d'action ? Je ne le crois pas : le corporatisme et l'électoralisme pèsent encore tellement lourd. Et s'il m'arrive de me dire que je ne ferais certainement pas mieux à leur place (que je ne risque pas de leur disputer), je me dis également que l'audace n'est pas l'apanage des seuls ceux qui observent.

Et une image me vient à l'esprit : gouverner, c'est un tandem, ou plutôt un duo entre un gestionnaire et un visionnaire.

À notre époque des marchands majoritaires, à l'heure où les consciences devraient muter et œuvrer pour favoriser l'éclosion d'un être humain s'incluant enfin respectueusement dans le règne vivant, le gestionnaire est devenu obèse. S'étant assis sur le visionnaire, il s'est arrogé la conduite de l'attelage.

Lorsque j'étais enfant, une anecdote de Pagnol, dans la préface d'un de ses livres, avait retenu mon attention. Il racontait avoir entendu dans la bouche d'un cuisinier américain le proverbe suivant (depuis, j'ai appris que c'était une citation de Mark Twain) :

"Tous les savants savaient que c'était impossible. Un jour, un imbécile l'a fait."

Aujourd'hui, en France, à l'heure où j'écris ces lignes, j'attends le temps des imbéciles.