¡Y que te vaya bien !

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Barcelone, Catalogne. Ville natale de ma tendre grand-mère Mie. Toujours, mon cœur se réjouit quand je pose les pieds sur le sol de cette ville. Barcelone ! Cité au mouvement perpétuel et étourdissant, où tout ce qui compte moins de trente ans possède au moins trois langues, deux roues et un tatouage…

Ce 22 mai, un fort vent peignait la ville, séparant la chevelure mouvante des passants en deux immenses mèches d'attitudes : ceux qui trouvaient qu’il faisait chaud malgré le vent, et ceux qui trouvaient qu’il faisait frais malgré le soleil (dont je faisais partie).

Sur le moll de Barceloneta, le long du quai, un homme faisait des bulles de savon en trempant dans de l’eau de lessive deux cordes tendues entre des baguettes. Aidé par le souffle du vent, il parvenait à créer des formes étonnantes.

Je regardais ce spectacle captivant : dans un premier temps une grande masse informe se détachait des baguettes, puis elle prenait vie et se décomposait en grappes de sphères translucides emportées par le vent, comme une nuée d'oiseaux de glycérine.

Ma première pensée fut pour ma fille qui aurait été saisie d’hystérie en voyant ce spectacle fabuleux, elle qui est dingote des bulles de savon.

J’avais pris du recul et m’étais placé contre le vent pour jouir de ce spectacle féérique. Des escadres de sphères malléables aux parois d’arc-en-ciel venaient à ma rencontre. Certaines étaient tellement grandes que leur forme même pulsait et ondulait au vent. On les aurait dit vivantes, petits chefs-d’œuvre de beauté, de structure, de souplesse, de transparence mouvante et de forces ajustées. Langoureuses danseuses enivrées par leur propre mise en mouvement, elles ballotaient en se trémoussant sur un rythme de salsa cubaine qu'un groupe jouait un peu plus loin. 

Par moments, certaines se scindaient en de plus petites bulles qui, à leur tour, partaient explorer l’espace, étourdies par leur capacité à voler. Elles me faisaient penser à ces ‘orbs’ que les graphistes 3D des grands studios hollywoodiens produisent (à grands frais!) dans les films de science-fiction. Certaines bulles éclataient tout de suite, d’autres prolongeaient leur vie soufflée loin, très loin, haut, très haut.

À plus de 50 mètres de l’homme, certaines passaient encore au-dessus ou à côté de moi. J’en ai vu une glisser sur le sol pendant un vingtaine de mètres, comme une patineuse espiègle et précautionneuse; une autre heurter un tronc de palmier et rebondir souplement avant de poursuivre son destin de ponan.

Puis les bulles finissaient leur parcours en rencontrant un obstacle : arbre, pierre ou main amusée d’un enfant ou d’un passant; ou bien elles se distillaient simplement dans le ciel bleu azur, comme une pensée prend fin. Qui aurait l’idée que telle bulle est moins belle qu’une autre, ou qu’elle aurait mérité de durer plus longtemps que ce ne fut ?

C’est ainsi que m’est venue cette image en forme de souhait : que nos vies soient comme ces bulles. Des bulles mouvantes, souples et gracieuses, irisées de lumière, qui, une fois détachées des deux cordons qui les ont créées, sont emportées par le souffle et happée par l’immensité du ciel ou la finitude de la terre.

Et comme on dit ici : « ¡ Que't vagi bé. Y que te vaya bien ! .»