Cette toute petite bague dorée

De toi, mon encore-aimée, j’ai gardé cette bague, toute petite et dorée de car­rés et losanges ajourés. 

Te sou­viens-tu de cette bague ? Je t’avais demandé de me don­ner quelque chose de toi lorsque je suis par­ti, exilé par la tour­mente de ce séisme d’été. Je ne voulais pas par­tir sans cela, ce quelque chose qui aurait été en con­tact avec ta peau, que tu aurais porté longue­ment, et qui serait encore imprégné de ton essence, du par­fum de ta vie.

Et tu m’avais don­né cette toute petite bague dorée, que je ne con­nais­sais pas. Si petite que je me demande encore com­ment tu as pu la porter.

Mal­gré la vio­lence de cette terre qui trem­blait, cette petite bague était l’amarre qui me relierait encore à ce monde d’amour que je quit­tais, emporté par la force des choses d’un autre âge strat­i­fi­ant mon présent. Elle était comme le vœu et l’appel de mon âme au cœur de la tour­mente, un appel d’air et de lumière dans cette très anci­enne nuit d’obsidienne qui m’éloignait de toi.

Nais­sance, encore… Que ne m’auras-tu réservé que je n’aie pas retraversé ?

Cette petite bague, j’en ai fait en pen­den­tif pour pou­voir la garder sur moi lorsque l’envie me prend. Ce matin, à mon réveil, je me suis demandé si j’avais noué la bague ou si elle coulis­sait libre­ment le long du cor­don. Je détail­lai le pen­den­tif : oui, c’est bien ce que je pen­sais, je ne l’avais pas nouée. Je n’aime pas ce qui entrave le mou­ve­ment. Mais l’absence d’entrave n’est pas la vraie liberté. 

Alors je me suis alors demandé s’il me serait pos­si­ble de faire cet immense petit pas de plus et dénouer le cor­don pour vrai­ment libér­er la bague, et pou­voir te la ren­dre. Je dois t’avouer m’être sen­ti très loin d’être capa­ble de le faire.

Aimer, est-ce laiss­er la bague du sou­venir libre d’aller le long du fil de la mémoire ? Est-ce dénouer ce fil pour libér­er la bague ? Ou est-ce encore aimer et le fil et la bague, au plus proche de ce cœur qui appelle comme il s’offre encore, dans le ciel sans écho d’une trop anci­enne nuit ?

Aimer, qu’est-ce que c’est ?

Ce matin, ma bien encore-aimée, en obser­vant longue­ment ta bague dans ma main, j’acceptai de n’avoir pour seule réponse que l’inconnu du chant secret de mon âme. 

En bas, dans la cui­sine, le chat impa­tient miaulait, atten­dant que je lui donne à manger. 

Je me lev­ai et descendis le nourrir.

mise à jour :  20 juin 2021