Le coup d’Agadir

Dominique Radisson

textes

Bien sûr, le Club Med constitue malgré tout un pôle économique fournissant du travail à beaucoup de locaux. C’est un paradoxe très difficile à contrer : l’économie de l’assujetion fait vivre malgré tout. Lorsque je résidais à Tahiti au début des années 90, avant la fin des essais nucléaires, il n’était pas rare de trouver dans la pièce à vivre de familles tahitiennes une photo de la bombe atomique. Ce qui a été très néfaste pour l’écosystème et les habitants de la région fournissait une manne financière inespérée à bon nombre. Bien sûr, ces gnawas doivent se dire que c’est un moment désagréable à passer; qu’ils gagnent ce soir-là de quoi faire vivre leur famille durant un bon bout de temps. Curieux renversement: le soumis se soumet à nouveau pour exploiter en sous-main l’ex-exploiteur.
Bien sûr, le Club Med, et les Samsara, Tarama et autres Marmelada qui le jouxtent, perpétuent une forme de tourisme vouée à l’échec par l’avancée inéluctables des prises de conscience. Bien sûr, au-delà de l’indignation, quelle crédible alternative imaginer, dans le contexte de développement nécessaire du pays, dans ce monde globalisé au filet d’interdépendances plus dur que l’acier, plus étouffant qu’une cote de mailles et où tout argent est bon à prendre?

La caravane des Bien sûr avance dans le désert du réalisme, mais voici que se profile à l’horizon l’oasis du Tout de même. Tout de même, le Club Med possède beaucoup d’atouts pour inventer des centres de tourisme intelligent et humaniste qui, sans sacrifier aux plaisirs et loisirs des salariés épuisés, valoriserait et respecterait davantage l’accueillant. Sur son site internet, il communique sur plusieurs engagements responsables. Mais ces très belles lettres d’intention ne cadrent pas avec ce que j’ai observé et ressenti là-bas. Une démarche véritablement éthique sera impossible tant que les intérêts d’une minorité d’actionnaires seront privilégiés sur ceux d’une majorité œuvrante.

Pages: 1 2 3 4 5 6 7 8