L’être au centre

L’homme est debout, de face, filmé en plan ser­ré de la taille jusqu’à la tête. Puis plan fixe sur le regard figé, les yeux ne cil­lent pas. Est-ce un choc, un acci­dent ? Quelque chose a eu lieu. L’homme sait. Expres­sion par­ti­c­ulière du vis­age de celui qui est dans le même temps acteur et spec­ta­teur à ce qui se pro­duit en lui.

Der­rière lui, l’arrière-plan, comme pro­jeté sur un écran : suc­ces­sion très rapi­de d’images floues et mou­vantes s’imbriquant, se fon­dant les unes dans les autres. Impres­sion de dynamique tour­bil­lon­nante qui con­traste avec l’étrange fix­ité de l’homme, de sa pos­ture et de son regard. Le son ren­force le bal­let des images : glisse­ment, bruits de vent ou de souf­fle, avec l’impression d’une bande son passée à l’envers. Comme si, en arrière plan, défi­lait une vie par bribes con­fus­es, très vite, en tous sens.

Le son et les images pro­duisent une impres­sion de chaos mou­vant con­trastant avec la fix­ité du corps et du regard de l’homme.

Gros plan sur le vis­age de l’homme. L’arrière plan dis­paraît pro­gres­sive­ment pour céder la place à une atmo­sphère très som­bre. Les sons font place au bruit des bat­te­ments du cœur embal­lé de l’homme. Plan fixe sur son vis­age dans la pénom­bre, dont on dis­tingue à peine les con­tours et les yeux. L’homme réalise que quelque chose en lui vient d’aboutir dans cette pénom­bre. Il lui faut quelques longues sec­on­des pour, immo­bile, accom­pa­g­n­er cette tran­si­tion. Puis il cligne des yeux, comme s’il reve­nait à la réal­ité. Tan­dis que son rythme car­diaque revient à la nor­male, le bruit des bat­te­ments du cœur de l’homme s’estompe.

L’homme est debout, en un coin d’une très grande salle faible­ment éclairée par une lumière dif­fuse venant d’on ne sait où. Der­rière lui, nulle trace de porte qu’il aurait pu emprunter pour pénétr­er dans ce lieu, mais cela n’a aucune impor­tance. L’homme n’a pas besoin de savoir com­ment il est arrivé là. On sent à son regard qu’il ne se pose pas la ques­tion. Son envie : bal­ay­er du regard l’espace qui l’entoure. Décou­vrir cet espace. Pour une rai­son qui lui est totale­ment étrangère, ce lieu lui paraî­trait presque fam­i­li­er. Il ne ressent aucune peur.

Le lieu : impres­sion d’un vieux décor de ciné­ma ou de théâtre, suran­né. Omniprésence du bois usé, poli, pat­iné. C’est bien un théâtre. On dis­tingue une scène nue et vide, des rangées de sièges pous­siéreux inoc­cupés. La pièce ressem­ble à une grande salle de théâtre aban­don­née et vide, qu’on n’aurait pas ouverte sur l’extérieur depuis longtemps. On entend la res­pi­ra­tion de l’homme, elle se calme.

Gros plan sur le vis­age de l’homme dont la vue s’habitue lente­ment, très lente­ment, à la pénom­bre. Il suit le con­tour des murs de la salle. Quelque chose attire son atten­tion, ce sont des formes indis­tinctes qui mail­lent l’espace de la salle : il devine comme des fils ten­dus. Peu à peu, l’homme voit mieux : tout un réseau de cordes par­court cette salle. Elles sem­blent provenir de dif­férents endroits, parois, murs et pla­fonds de la salle où elles sont accrochées, bien qu’on ne dis­tingue claire­ment aucun point de fix­a­tion, les extrémités se per­dant dans l’obscurité. Toutes les cordes con­ver­gent vers un point de la salle situé à mi-hau­teur d’homme, à mi-chemin de la scène et du pre­mier rang des fauteuils.

En ce cen­tre géo­graphique : un enchevêtrement de cen­taines de cordes, arquées par leur poids, blanch­es, épaiss­es, comme celles qu’on imag­in­erait action­ner le rideau de la scène.

Et quelque chose d’autre…

D’abord ou l’entend avant de le voir.

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mise à jour :  20 juin 2021