Pas si Homo economicus que cela

Dans quel monde voudri­ons-nous vivre en 2020 ? De but en blanc, et tous en choeur, nous diri­ons : un monde plus com­préhen­si­ble, moins ver­rouil­lé, plus souri­ant. Oui, plus souri­ant. Nous sommes unanimes : le com­man­dant de bord a per­du de vue la final­ité de notre voy­age. La crois­sance ? Non, juste­ment, le bon­heur. Et le com­man­dant de bord, qui est-il ? Qui tient les rênes ? A dire vrai, nous n’en savons rien. Mais for­muler notre malaise, c’est déjà trou­ver des répons­es. Je souhaite avant toute chose décrire notre per­cep­tion du monde actuel et nos insat­is­fac­tions. Neuf propo­si­tions de répons­es vien­dront en sec­onde par­tie de texte.

Au fil du temps, nous avons cher­ché un moyen de max­imiser le bon­heur indi­vidu­el et col­lec­tif. Nous en sommes arrivés à un sys­tème de pro­duc­tion, de con­som­ma­tion, et d’échanges perçu comme le moins pire de tous : le cap­i­tal­isme. Financier, qui plus est.

Pour­tant, si la recherche du bon­heur nous a con­duits à préfér­er ce sys­tème économique, en aucun cas sa con­séquence directe (la recherche de la crois­sance) n’embrasse en total­ité sa cause pre­mière (la recherche du bon­heur). Rationnelle­ment, donc, ce serait une erreur de con­fon­dre les deux : il n’y a pas de réciproc­ité dans cette rela­tion de causal­ité. Pour­tant, l’amélioration de nos con­di­tions de vie est longtemps allée de pair avec la crois­sance économique, si bien que nous avons fait l’amalgame. Mais nous entrons dans une phase de ren­verse­ment, due notam­ment au rééquili­brage pro­gres­sif des rap­ports de force géoé­conomiques, à l’intérieur de laque­lle se bat­tre pour des dix­ièmes de point de crois­sance peut engen­dr­er une perte sig­ni­fica­tive de bien-être social. Nous ne sommes peut-être pas si Homo eco­nom­i­cus que cela.

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mise à jour :  20 juin 2021