Pas si Homo
economicus que cela

10 mars 2013
Extrait de :
Nous ne voulons pas qu'une économie de la croissance
Hugo de Gentile (Le Monde)

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Le Cercle des économistes a invité cent étudiants de 18 à 28 ans à participer aux 13es Rencontres économiques d'Aix-en-Provence qui se sont déroulées du 5 au 7 juillet. Ils ont été sélectionnés parmi les centaines d'étudiants de toute formation, de tout niveau, de toute région, qui ont participé à l'initiative "Inventez 2020, la parole aux étudiants", lancée par le Cercle. Il leur était proposé de rédiger un texte de réflexion prospective de 15 000 signes maximum sur leur vision du monde en 2020. Voici celui de Hugo de Gentile, étudiant à l'EM Lyon.

Dans quel monde voudrions-nous vivre en 2020 ? De but en blanc, et tous en chœur, nous dirions : un monde plus compréhensible, moins verrouillé, plus souriant. Oui, plus souriant. Nous sommes unanimes : le commandant de bord a perdu de vue la finalité de notre voyage. La croissance ? Non, justement, le bonheur. Et le commandant de bord, qui est-il ? Qui tient les rênes ? À dire vrai, nous n'en savons rien. Mais formuler notre malaise, c'est déjà trouver des réponses. Je souhaite avant toute chose décrire notre perception du monde actuel et nos insatisfactions. Neuf propositions de réponses viendront en seconde partie de texte.

Au fil du temps, nous avons cherché un moyen de maximiser le bonheur individuel et collectif. Nous en sommes arrivés à un système de production, de consommation, et d'échanges perçu comme le moins pire de tous : le capitalisme. Financier, qui plus est.

Pourtant, si la recherche du bonheur nous a conduits à préférer ce système économique, en aucun cas sa conséquence directe (la recherche de la croissance) n'embrasse en totalité sa cause première (la recherche du bonheur). Rationnellement, donc, ce serait une erreur de confondre les deux : il n'y a pas de réciprocité dans cette relation de causalité. Pourtant, l'amélioration de nos conditions de vie est longtemps allée de pair avec la croissance économique, si bien que nous avons fait l'amalgame. Mais nous entrons dans une phase de renversement, due notamment au rééquilibrage progressif des rapports de force géoéconomiques, à l'intérieur de laquelle se battre pour des dixièmes de point de croissance peut engendrer une perte significative de bien-être social. Nous ne sommes peut-être pas si Homo economicus que cela.

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