À Olivier, mon frère de pratique, mon très cher Senpaï
Mon ami de très loin
Qui enjambas ce pont
Et vis une eau si noire ;
Quels mots puis-je trouver
Face à ton désespoir
Pour alléger ton cœur ?
Peut-être bien ceux-là…
Te serait-il possible ?
Nous serait-il possible ?
De nous souvenir,
De nous remémorer,
Retrouver et revivre,
La première vague d’inspir
La première vague d’expir
La toute première pause
Et le premier silence.
La première étoffe douce
Le tout premier contact
La première caresse
En velours de peau
Et le tout premier soin.
Le tout premier regard
Et la toute première forme
Du premier chant du cœur
La première onde première
Et le premier mouvement.
La toute première faim
Et la première offrande
La première saveur
La première gorgée
Au sein d’éternité.
La première chaleur du soleil
Et la première nuit
Le premier crépuscule
Et la première aurore
Et la première lune.
La toute première voix
La première autre voix
Et le tout premier chant
Et la chair des sons
En sa première saison.
Et puis, plus tard…
La première terre
La première pierre
La première écorce
La première rugueur
La première épaisseur.
Le tout premier parfum
La première couleur
De la première fleur
Et la première bouchée
Dans le tout premier fruit.
Le premier vol d’oiseau
Le premier ciel d’étoiles
Le premier animal
La première caresse
Du vent aimant les arbres
Le tout premier nuage
Le premier chant de pluie
De la terre mouillée.
Et le premier grondement
Du tout premier tonnerre
Et la toute première flamme
Et la première neige
En flocons dans les mains.
Le premier chant de l’eau
La première fois dans l’eau
Et la toute première vague
Première eau dans le creux
Des mains comme une vasque.
Puis…
La première musique
La première histoire
Le tout premier dessin
Et la première lettre
La première parole.
Et la première pensée
Où pour la première fois
On pense à ce que l’autre pense
Le premier inconnu
Ou la première passante.
Bien sûr que c’est possible.
Puis le premier copain
Et la première copine
Et la première classe.
La première main tenue
Et le premier baiser.
Plus tard, bien plus tard…
La première gorgée de café
La première cigarette
Et le premier alcool
Et le tout premier corps
Et la première fois.
Le tout premier travail
Et la première paie
Et le premier logement.
La première église
Le premier mariage
Et la première naissance.
Le premier au revoir
Et la première absence
Et le premier adieu.
Bien avant tout cela
Avant que ne soit « Je ».
Bien sûr que c’est possible!
Et si cela n’a pas été
Ou bien même empêché
Ou même encore : absence.
C’est encore possible
Encore et maintenant
En conscience
À tout moment
À tout instant.
Plonge en toi, mon senpaï !
Et sens dans ta poitrine
Le miracle des miracles,
Et le simple des simples
Une aube de poitrine
En deux vagues qui s’épousent
En deux souffles qui se joignent
Et, vois ! L’eau noire s’éloigne.
Il n’est jamais trop tard
Pour cet émerveillement
À tant s’émerveiller
Qui fait fuir l’eau noire.
Bien sûr que c’est possible.
