Le petit garçon qui avait mangé tout le soleil

29 juillet 2020

C’est un petit garçon qui avait mangé tout le soleil, tellement il était heureux, tellement il avait faim de vivre, et tellement sa mère lui avait offert sans compter.

Les gens autour de lui n’étaient qu'émerveillement devant ce tout petit soleil vibrant de lumière intérieure, avec, dans le regard, l'éclat de la plus rare et la plus pure des gemmes.

Et cette joie qui emplissait jusqu'aux limites du monde.

Au village, il y eut bien quelques esprits inquiets qui pensèrent en silence « Mon Dieu, il a mangé le soleil, qu’allons-nous devenir ? ».

Des gens des temps anciens et de la terre d'avant, de cette terre inquiète qu'on interroge anxieusement chaque matin pour savoir si rien ne va changer, si tout sera encore comme hier dans la promesse de l'immobile. Des gens qui avaient peur, peur que la lumière s'efface ou qu'elle soit trop intense; ou qui avaient oublié.

Une fête fut donnée en l’honneur de l’enfant et les chants et les danses traversèrent la nuit de part en part, comme un vol d'oiseaux libres et sauvages.

Au petit matin, tous les regards se levèrent vers le ciel, et la stupéfaction figea chaque visage : un nouveau soleil neuf illuminait le jour d'une aurore inconnue.

Et l’enfant riait, riait de bonheur d'être, et son rire tout brodé de clarté étincelait l'espace, faisant chanter le ciel jusqu’aux églises de Rome.

À toi, Roméo, mon fils, mon petit ange d'amour.

Romeo!