Dans le jardin des offenses

Il lui avait dédié ce poème,
tracé à l’encre d’améthyste
sur le parchemin d’un rêve.
Le soleil s’était couché
depuis longtemps.
Il tenait le parchemin
tout au bout de ses bras,
haut vers le ciel,
vers la nuit peuplée d’étoiles ;
chacune d’elle picotant
d’un éclat de porcelaine fine
le tendre épiderme de vélin.
Par transparence,
les mots se fondaient peu à peu
dans l’infini velours bleuté
de la voûte caressante.
Et la lune était ronde,
pleine et ample
comme un ventre de mère,
et la terre était calme
dans l’attente sereine
de son heure sacrée.

Cette heure allait venir.

Dans le jardin des offenses
il y a un carré de terre
où poussent les plus belles fleurs
et les plus parfumées
le carré de terre
des offenses pardonnées

Dans le jardin des offenses
dans le carré de terre
des offenses pardonnées
parfois des mains se joignent
pour remercier ce ciel
d’accueillir la prière
qui se dressait à peine
dans le grand bruissement lent
de ses ailes défroissées

Dans le jardin des offenses
parfois des mains refusent
ignorent et se détournent
et parfois elles hésitent
se cherchent et se rejoignent

Parfois des mains caressent
Et parfois elles acquittent

Et moi, en ce jardin
où j’ai longuement peiné
dans une nuit de pierre froide
j’aurai connu la grâce
du pardon de tes mains
déposées sur mon cœur

Et vu naître l’après
un chemin neuf s’ouvrir

Alors j’ai remercié,
pour ne plus revenir

Malgré toute la beauté
des fleurs de silence
et de l’air embaumé
de ce carré de terre
des offenses pardonnées.