Le poète de la troisième aube

Le poète de la troisième aube
Ne se repaît plus de ses pro­pres tour­ments
« Étripé, déchi­queté, arraché, écrasé
Anéan­ti, écorché, tor­turé »
Ces mots lui sont inutiles
Restes de vio­lence subie
Retournée con­tre soi

J’ai en moi une fleur noire
Qui se nour­rit de sang

Ou

Oserais-je, silences acca­blants
Sépul­tures d’asphalte
Aux sourires putréfiés

Ou

J’avance mal­gré
Toutes
Les hor­reurs de ce monde
Froide
Comme un isotope

Ou

Oh toi qui a détru­it ma vie
En lam­beaux à jamais
Vasque aux lames acérées
Où s’échouent tous mes rêves

Ou même

Lev­ez-vous vite,
Orages désirés
Qui devez emporter René
Dans les espaces d’une autre vie

Ou encore

Mais l’anémone qui rég­nait sur la mer
Ne règne presque plus et l’ancre de fer
L’a mor­due cru­elle­ment et elle mour­ra tantôt

Depuis trop longtemps nous lisons ça :
« Écoute comme j’ai mal »

Plaies grat­tées

En jouis­sance
Sans cesse revendiquée
Der­rière les gémisse­ments
Ou les pointes de feu

L’énergie de la plainte
Qu’elle est bonne et facile !

Mais le son de la plainte
N’est pas au bon endroit,
Il épargne quelqu’un,
Alors elle se dé-verse
Au lieu de se tarir
Se nour­ris­sant d’elle-même

S’il vous plaît,
Plus besoin de ce cycle

Plus besoin d’invoquer
La fig­ure mor­bide
À moins de la résoudre

Plus besoin de com­plainte
Pour se sen­tir vibrer

Détru­ire est si facile !

Com­bi­en plus dif­fi­cile
Est de chanter le plus
Que de crier le moins

Le poème de la troisième aube
Chant d’amour
Célébrant le plus, jamais le moins
Nom­breux furent celles et ceux
Qui le chan­tèrent déjà
Qui le chan­tèrent toujours

En cette troisième aube
Le chant s’intensifie
Et le nou­veau appelle

Signe des temps :
Enfan­ter le beau
Inspiré d’éternel
Libre des mor­sures vieilles

Le poète de la troisième aube
Célèbre à chaque mot
Son statut d’invité
Hon­oré par la vie,

Pourquoi insul­ter l’hôte
Qui lui a tout offert ?

Le révolu ne suf­fit plus,
Le résolu doit vivre,
Le chemin pro­posé,
La trans­for­ma­tion
Comme une per­spec­tive,
Comme une invitation,

La trans­for­ma­tion
Doit sup­planter l’atteinte

Ain­si,
Blessures, mor­sures
Et chairs cal­cinées
Appar­ti­en­nent au passé

Et une voie se libère
Et le cen­tre prend voix

Le poète de la troisième aube
Ne cherche plus à provo­quer
Le monde s’en charge déjà assez
Il ne peint plus avec du noir
Le monde l’est déjà bien assez ;
Il tente sim­ple­ment de répon­dre
De répon­dre de son mieux
A l’appel du nouveau

Il chante le rare,
Le beau et le pré­cieux
Comme un fou sur la grève
Amoureux des vagues fières
Du soleil et du sable
Respec­tant la coquille
La moin­dre par­tic­ule
Pour lui, tout est sacré

Il chante les mille formes
Et ce qui est der­rière,
L’ardoise de lumière-une
Pure tablette bleutée
Où tout aime se tracer

En mots,
Comme en la vie,
Nulle besoin de détru­ire
Pour se don­ner une force

mise à jour :  20 juin 2021