Un seul et même chant

Baie de Noir­moutiers, tôt en ce matin de dimanche. Le lever du soleil était d’une beauté glo­ri­fi­ant le silence.

A l’est, le ciel s’illuminait d’une traîne de satin rose déposée sur un lit de vapeurs oranges. Démul­ti­pliée, irrisée, étirée par le vent, traçant de loin en loin un chemin de pho­tons ense­mencés par con­ta­gion chro­ma­tique, la lumière don­nait corps aux nuages jusqu’à l’ouest naissant.

Au plus proche de la ligne d’horizon, elle se fondait avec délec­ta­tion dans le mauve vio­let des dernières vapeurs de la nuit, salu­ant pré­cau­tion­neuse­ment l’infini des vagues encore presque endormies.

Les chants des oiseaux, mer­les, tourterelles, passereaux, rouges-gorges, goé­lands, dont cer­tains pas­saient en grappes, bas dans le ciel, en direc­tion du lev­ant, réson­naient sur les falais­es de pierres.

Sur la crête, recou­verte d’une chevelure d’herbes folles au vert ten­dre et dru, le vent traçait des sil­lons éphémères, met­tant en mou­ve­ment les mass­es sou­ples, tiges de récep­tiv­ité pure, comme, exacte­ment, les flots en contrebas.

L’air tiède était un empereur sim­ple, riche d’odeurs pré­cieuses, marines et sylvestres réu­nies. Des fra­grances de glycines soulig­naient l’harmonie des par­fums d’une touche sucrée.

Un seul et même chant d’amour tra­ver­sait tout ceci, et chaque par­celle de cette beauté était un chant d’amour.
Rien d’autre n’était que cet amour immense, infi­ni, déployé en mille voix.

Rien n’était détaché de ce chant d’amour-là.

mise à jour :  20 juin 2021