Cette toute
petite bague dorée

5 janvier 2019

De toi, mon encore-aimée, j’ai gardé cette bague, toute petite et dorée, constituée d'un assemblage de carrés et losanges ajourés. Je l'ai montée en pendentif, pour pouvoir la garder sur moi.

Te souviens-tu de cette bague ? Je t'avais demandé de me donner quelque chose de toi lorsque je suis parti, exilé par la tourmente de ce séisme d'été. Je ne voulais pas partir sans cela, ce quelque chose qui aurait été en contact avec ta peau, que tu aurais porté longuement, et qui serait encore imprégné de ton essence, du parfum de ta vie.

Et tu m'avais donné cette toute petite bague dorée, que je ne connaissais pas. Si petite que je me demande encore comment tu as pu la porter.

Malgré la violence de cette terre qui tremblait, cette petite bague était l'amarre qui me relierait encore à ce monde d'amour que je quittais, balayé, emporté par la force des choses.

Cette petite bague était comme le vœu et l'appel de lumière de mon âme au cœur de la tourmente, dans cette très ancienne nuit d'obsidienne qui m'éloignait de toi.

Ce matin, à mon réveil, je me suis demandé si j'avais noué la bague ou si elle coulissait librement le long du cordon? Je détaillai le pendentif : oui, c'est bien ce que je pensais, je ne l'avais pas nouée. Je me suis alors demandé s'il me serait possible de faire cet immense petit pas de plus et dénouer le cordon pour libérer la bague, et pouvoir te la rendre. Je dois t'avouer m'être senti très loin d'être capable de le faire.

Qu'est-ce qu'aimer? Est-ce laisser la bague du souvenir libre d'aller le long du fil de la mémoire, ou est-ce dénouer ce fil pour libérer la bague ? Ou est-ce aimer et le fil et la bague, au plus proche de ce cœur qui s'offre encore, malgré l'ancienne nuit?

Ce matin, ma bien encore-aimée, en observant longuement ta bague dans ma main, j'acceptai de n'avoir pour seule réponse que celle du chant secret de mon âme. 

Mais après tout, une pâle lumière d'hiver n'est-elle pas tout autant le linceul d'un été révolu que les langes d'un printemps à venir?

En bas, dans la cuisine, le chat impatient miaulait, n'attendant qu'une seule chose : que je lui donne à manger. Je me levai et descendis le nourrir.