After Mommy

 Après le film de Xavier Dolan.

Nous étions réu­nis
dans un rêve noc­turne ;
Tous les deux emportés,
par une course folle,
éper­dus par le temps et la menace.

Fil­mant clan­des­tine­ment
en des pièces secrètes,
ton film s’élaborait
dans une ambiance étrange
et bruis­sant de cent langues.

Au cen­tre,
tu dirigeais les pris­es de vue,
créant ton his­toire et guidant les acteurs ;
Tu avais envahi l’espace
de mille petites notes jaunes
et d’objets familiers ;

Chaque apparte­ment
qui nous ser­vait d’accueil
rece­lait d’une part
de la détresse du monde ;
Dans ce dernier, à gauche :
un petit mon­sieur juif
au man­teau de forme obstinée
se cachant des pogroms ;
À droite, des enfants aban­don­nés
dont j’épongeais la morve
coulant en ruis­seaux spongieux
sur le par­quet vieilli ;

À l’approche des agents effarants,
zélés et mor­tifères servi­teurs
de la grande répres­sion,
nous fuyions par les fenêtres ouvertes ;
Enjam­bant les bal­cons,
le linge frais séchant aux fenêtres
nous accueil­lait comme des pétales d’iris blancs
et nous dépo­sait au sol avec délicatesse ;

Puis, riant de notre fuite,
nous repre­nions notre course
vers d’autres lieux secrets,
notre cœur bat­tant à rompre ;
Dans cette ban­lieue grise de Mon­tréal,
tra­ver­sée de mornes trains aveu­gles
aux stri­dences de métal soumis.

mise à jour :  20 juin 2021