Lève-toi, et viens vers toi-même

Une tra­duc­tion per­son­nelle du Can­tique des cantiques

Elle

Je recevrai les bais­ers de sa bouche,
Car ses caress­es sont plus douces que le vin ;
Ton nom est comme un par­fum qui se répand ;
Prends ma main, mon bien-aimé,
Emmène-moi, courons !
Le roi m’a con­duite dans ses apparte­ments,
Mais c’est en toi que nous nous réjouirons.
Nous nous sou­vien­drons de notre amour
Plus que du meilleur vin.

Lui
Aux richess­es du riche, tu es sem­blable, ô ma com­pagne !
Si char­mantes sont tes joues ornées de rangs de per­les ;
Et ton cou paré de col­liers,
Nous y accrocherons de l’or tout pail­leté d’argent.

Elle
Tan­dis que le roi repose,
Mon par­fum exhale son arôme.
Mon bien-aimé est pour moi
Comme un bou­quet de myrrhe,
Qui repose entre mes seins.
Mon bien-aimé est pour moi
Grappe de hen­né dans les vignes d’En-Guédi.

Lui
Te voici belle, ma com­pagne,
Te voici, ma belle aux yeux palombes.

Elle
Que tu es beau, mon amant, et ô com­bi­en je t’aime ;
Notre lit est un tapis de fleurs,
Les poutres de nos maisons sont de cèdre, leurs lam­bris de cyprès.

Lui
Comme une rose par­mi les ronces,
Telle est ma com­pagne, par­mi les femmes.

Elle
Comme un arbre fruiti­er par­mi les arbres,
Tel est mon amant, par­mi les hommes.

Je désir­ais son ombre, j’y habite ;
Son fruit est doux à mon palais.
Il m’a con­duite dans le palais du nec­tar ;
Et m’a vêtue de son amour.

Lui
Je vous adjure, filles de Jerusalem,
Par les gazelles ou par les bich­es des champs,
N’éveillez pas, ne réveillez pas l’amour avant qu’il le désire !

Elle
C’est la voix de mon bien-aimé !
Le voici qui vient, fran­chissant les mon­tagnes, bondis­sant sur les collines.
ll ressem­ble, mon amant, au chevreuil ou au faon des bich­es ;
Le voici qui se tient der­rière notre muraille,
Qui regarde par les fenêtres, qui observe par le treil­lis !
Il répond, mon amant, et me dit :

Lève-toi vers toi-même, ma com­pagne, ma belle, et va vers toi-même !

Lui
Oui, voici, l’hiver est passé, la pluie a cessé, elle s’en est allée.
Les bour­geons recou­vrent la terre, la sai­son des chants est arrivée,
La voix de la tourterelle se fait enten­dre dans nos cam­pagnes.
Le figu­ier embaume, les jeunes vignes répan­dent leur parfum.

Lève-toi vers toi-même, ma com­pagne, ma belle, et va vers toi-même !

Ma colombe, nichée dans les fentes du rocher,
Cachée dans les pentes abruptes,
Laisse-moi voir ton vis­age et enten­dre ta voix,
Car ta voix est douce et ton vis­age gracieux.

Elle
Mon amant est à moi, et moi je suis à lui ; ce berg­er aux mille ros­es.
Jusqu’à ce que le jour soit, et que s’enfuient les ombres,
Ressem­ble, ô mon amant, au chevreuil ou au faon des bich­es,
Sur les monts déchi­quetés de Béther.

Sur ma couche, dans les nuits, j’ai cher­ché celui qu’aime mon être.
Je l’ai cher­ché, mais ne l’ai pas trou­vé.
Je me lèverai donc, et marcherai dans la ville,
Dans les marchés, sur les places.
Je chercherai celui qu’aime mon être. Je l’ai cher­ché mais ne l’ai pas trou­vé.
Les gardes qui tour­naient dans la ville m’ont trou­vée.
« Celui qu’aime mon être, l’avez-vous vu ? »
De peu les avais-je dépassés que je trou­vai celui qu’aime mon être.
Je l’ai saisi et ne le lâcherai pas
Avant qu’il ne soit entré dans la mai­son de ma mère,
Dans la cham­bre de celle qui m’a mise au monde

Lui
Je vous adjure, filles de Jerusalem,
Par les gazelles ou par les bich­es des champs,
N’éveillez pas, ne réveillez pas l’amour jusqu’à ce qu’il le veuille !

Te voici belle, ma com­pagne, te voici belle !
Tes yeux palombes à tra­vers ton litham ;
Tes cheveux tel un trou­peau sauvage dévalant Galaad ;
Tes lèvres, tel un fil d’écarlate, ta voie har­monieuse ;
Ta tempe à tra­vers l’étoffe, telle une tranche de grenade ;
Ton cou, tour de David conçue pour les trophées :
Mille pavois y sont sus­pendus, tous les car­quois des héros.
Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux d’une biche
Qui pais­sent par­mi les roses.

Avant que le jour soit, et que s’enfuient les ombres,
J’irai au mont de la myrrhe, à la colline de l’oliban.

Toi, toute belle, ma com­pagne, ma fiancée sans défauts,
Tu as cap­té mon cœur, ô ma sœur, ma fiancée,
Tu as cap­té mon cœur par un de tes regards,
Par un des col­liers qui ornent ton cou.
Tes caress­es sont meilleures que le meilleur des vins !
La sen­teur de tes par­fums plus que tous les arômes !
Tes lèvres, ô fiancée, dis­til­lent la douceur du miel ;
Du miel et du lait coulent sous ta langue,
Et ton odeur, comme l’odeur du Liban.

Jardin fer­mé, ma soeur-fiancée,
Source fer­mée, fontaine scel­lée ;
Tes sucs sont un verg­er de grenadiers et de fruits exquis,
De hen­né et de nard, de nard et de safran ;
De lis et de can­nelle ;
Myrrhe, aloès, et même tous les arômes !
Ma bien-aimée, fontaine des jardins,
Puits et source d’eaux vives ruis­se­lant du Levant !

Elle
Réveille-toi, ô vent du nord, et viens, ô vent du midi !
Souf­flez dans mon jardin, que ses effluves s’exhalent !
Que mon bien-aimé entre dans son jardin,
Et qu’il s’y régale de toutes ses succulences.

Lui
Je suis entré dans mon jardin, ô ma sœur, ma fiancée ;
J’ai récolté ma myrrhe et mon baume,
J’ai mangé de mes rayons de miel, j’ai bu mon vin et mon lait.

Mangez, buvez, bien-aimés, enivrez-vous d’amour !

mise à jour :  20 juin 2021