Dans le jardin des offenses

24 décembre 2019

Il lui avait dédié un très court poème, tracé à l'encre d'améthyste sur le parchemin d'un rêve.

Dans le jardin des offenses,
il y a un carré de terre
où poussent les plus belles fleurs
et les plus parfumées,
le carré de terre
des offenses pardonnées

Dans le jardin des offenses, 
dans le carré de terre
des offenses pardonnées,
parfois des mains se joignent
sous une offrande de ciel,
exauçant la prière
qui chuchotait à peine
sous le grand bruissement lent
des grandes ailes froissées;

Dans le jardin des offenses,
parfois des mains hésitent
parfois des mains se trouvent
parfois des mains se joignent
avec la délicatesse
de ces étoles de brume
qui couvrent la terre nue
aux premiers soleils chauds
d'une aurore d'hiver,

parfois des mains s'ignorent
parfois des mains s’évitent
parfois des mains se frôlent
parfois des mains s’invitent

parfois des mains étonnent
parfois des mains surprennent

parfois des mains se trouvent
parfois des mains se joignent
parfois des mains se caressent
parfois des mains s'acquittent
pour ne plus revenir,
malgré toute la beauté
et l'air embaumé
des fleurs de silence
du petit carré de terre
des offenses pardonnées.

Le soleil s'était couché depuis longtemps. Il tenait le parchemin tout au bout de ses bras, haut vers le ciel, vers la nuit peuplée d'étoiles; chacune d'elle picotait de sa clarté de porcelaine fine le tendre épiderme du vélin. Par transparence, les mots se fondaient peu à peu dans l'infini velours bleuté de la voûte caressante.

Et la lune était pleine et ample comme un ventre de mère.
Et la terre était calme dans l'accueil de sa confidence sacrée.