Dans le jardin des offenses

Il lui avait dédié ce poème,
tracé à l’encre d’améthyste
sur le par­chemin d’un rêve.

Dans le jardin des offens­es,
il y a un car­ré de terre
où poussent les plus belles fleurs
et les plus par­fumées,
le car­ré de terre
des offens­es pardonnées.

Dans le jardin des offens­es, 
dans le car­ré de terre
des offens­es par­don­nées,
par­fois des mains se joignent
sous une offrande de ciel,
exauçant la prière
qui chu­chotait à peine
sous le grand bruisse­ment lent
des grandes ailes froissées ;

Dans le jardin des offens­es,
par­fois des mains hési­tent
par­fois des mains se trou­vent
par­fois des mains se joignent
avec la déli­catesse
de ces étoles de brume
qui cou­vrent la terre nue
aux pre­miers soleils chauds
d’une aurore de printemps,

par­fois des mains s’ignorent
par­fois des mains s’évitent
par­fois des mains se frô­lent
par­fois des mains s’invitent

par­fois des mains éton­nent
par­fois des mains surprennent

par­fois des mains se trou­vent
par­fois des mains se joignent
par­fois des mains se caressent
par­fois des mains s’acquittent

pour ne plus revenir,
mal­gré toute la beauté
et l’air embaumé
des fleurs de silence
sur le petit car­ré de terre
des offens­es pardonnées.

Le soleil s’était couché depuis longtemps.
Il tenait le par­chemin tout au bout de ses bras,
haut vers le ciel,
vers la nuit peu­plée d’étoiles ;
cha­cune d’elle picotant d’un éclat de porce­laine fine
le ten­dre épi­derme de vélin.
Par trans­parence, les mots se fondaient peu à peu
dans l’infini velours bleuté de la voûte caressante.

Et la lune était ronde, pleine et ample
comme un ven­tre de mère.
Et la terre était calme
dans l’attente sere­ine de son heure sacrée.

Cette heure allait venir.

mise à jour :  20 juin 2021