Metro humanitas

Ce matin, tra­jet en métro. En m’asseyant sur mon siège, plutôt que de me pré­cip­iter dans la lec­ture du jour­nal que je venais d’acheter à mon ami Youssef sur la place Gam­bet­ta, je décidai que j’allais offrir un peu de mon atten­tion à ces per­son­nes avec qui j’allais partager mon trajet.

Sen­ti­ment de dilata­tion du temps devant tous ces vis­ages, ces êtres, ces vies mélangées, entremêlées, réu­nies, ensem­ble un court instant.
Sen­sa­tion d’une nappe silen­cieuse recou­vrant toute ten­ta­tive d’échange de parole ou de regard, trouée d’une voie lac­tée de pen­sées éphémères, tour­bil­lon­nantes, vib­ri­on­nantes, sour­des, entre­croisées, inter­pénétrées.
Dans le fra­cas métallique de la rame, cela avait presque un son pal­pa­ble, un bruit plus que musique.

Où com­mençait et s’arrêtait ce groupe humain con­sti­tué auquel je me suis agrégé, sur cette ligne 3, entre Gam­bet­ta et Opéra ?
Puis, plus loin, un autre wag­on, d’autres gens, d’autres bruits invis­i­bles, d’autres fils impal­pa­bles tis­sant une trame de den­telle chao­tique. Puis d’autres rames encore, devant, der­rière. Puis cet autre métro suiv­ant  le notre. Cet autre avant encore, ces réseaux souter­rains, ces réseaux extérieurs, ces immeubles, cette ville, ce pays, ce monde..

mise à jour :  20 juin 2021