Le regard de vérité

Vous ne cessez de con­sid­ér­er l’autre comme de l’obscurité. Cela vous donne peut-être l’illusion que vous êtes la lumière, mais cela ne peut vous don­ner celle-ci. Et si vous ten­tez de ren­dre l’autre éclairé parce que vous pensez qu’il est dans l’obscurité, cela ne fera qu’aggraver les choses, ce sera ajouter l’insulte au préjugé.

Car en pre­mier lieu, l’obscurité est pro­jetée par vous et en sec­ond lieu, vous-même n’êtes pas lumière, vous ne pou­vez éclair­er l’autre. Aus­si, ceux qui essaient de trans­former la société sont des semeurs de dis­corde ; ceux qui ten­tent de chang­er les autres sont tou­jours dan­gereux. Ce sont, de façon très sub­tile, des meur­tri­ers, mais leur crime est telle­ment sub­til que vous ne pou­vez pas le dis­cern­er. Ils ne vous tuent pas directe­ment, mais ils vous paral­y­sent, ils vous dimin­u­ent, « pour votre bien », vous ne pou­vez donc rien leur reprocher.

Vos pré­ten­dus saints ne font que ten­ter de sup­primer l’obscurité qui n’est pas en vous, qui ne peut y être, mais ils con­sid­èrent qu’elle y est. Ils voient en vous un enfer car c’est pour eux le seul moyen d’avoir l’air de se sen­tir divins. Les médecins peu­vent tuer pré­maturé­ment ; les bonnes âmes peu­vent vous tuer avant l’heure, et les bonnes âmes sont tou­jours des gens dan­gereux. Mais vous êtes tous, cha­cun à votre façon, des bonnes âmes, petites ou grandes. Cha­cun veut chang­er l’autre parce que cha­cun pense que l’autre est mau­vais ; cha­cun veut chang­er le monde. Et c’est la dif­férence entre l’esprit poli­tique et l’esprit religieux.

Un men­tal poli­tique veut tou­jours chang­er le monde parce qu’il ne peut pas se croire mau­vais — le monde entier est mau­vais. Si lui-même est mau­vais, c’est parce que le monde entier est mau­vais et que toute la sit­u­a­tion est mau­vaise. Il lui faut être mau­vais — autrement, c’est un saint. Un être religieux voit les choses par l’autre bout : il se dit : « C’est parce que je suis mau­vais que le monde est mau­vais, c’est parce que je con­tribue au mal qui est dans le monde. Par ma faute, le monde est mau­vais. A moins de me chang­er moi-même, il ne peut y avoir aucun changement. ».

Le politi­cien part du monde mais il n’atteint aucun but, car le monde est telle­ment vaste — et le monde n’est pas le prob­lème. Le politi­cien crée davan­tage de prob­lèmes : grâce à ses soins, de très nom­breuses mal­adies qui n’existaient pas se déclar­ent. Tout ce qu’il fait crée davan­tage de souf­frances. Un homme religieux se trans­forme lui-même. Il ne change que lui-même car c’est la seule chose pos­si­ble.
Vous ne pou­vez chang­er que vous-même et, dès l’instant où vous vous êtes trans­for­mé, le monde se met à chang­er, parce que vous en êtes une com­posante vitale. […]

Un Boud­dha se tient sim­ple­ment sous son arbre bod­hi et le monde est trans­for­mé. Et le monde ne sera plus jamais pareil à ce qu’il était avant Bouddha.

mise à jour :  20 juin 2021