Un bouquet de glycines

Glycine

Mains d’amants
qui s’épousent et se joignent,
et donnent naissance au temps,
leurs deux vies s’étaient liées.
Accord improvisé
par le chant du hasard,
ou promesses croisées
d’une très ancienne grâce,
« cela » créa un monde
d’une absolue beauté
défiant les lois du ciel,
jusqu’à frôler les pierres
de la Ville Éternelle.

C’était le temps de l’Or
en pluie douce sur le corps.

Puis, si tôt, trop tôt, tellement tôt,
avant même le goût de la sève éclatante,
elle s’était retirée vers quelque lieu secret,
connu de son élu;

et lui,
ivre de sa lumière
et d’éclats de parfum
s’était retrouvé seul,
avec le manque d’elle
et la question au cœur :
« Pourquoi si peu de temps ?»

Dans sa main il tenait
le reste d’un présent
désormais inutile :
un bouquet de glycines
égrené par le vent.

Il chuta de ce monde,
son centre s’excommunia.

Il se vit submergé
par des vagues aveugles
dans une eau noire acide
fouettant des rives meurtries
aux récifs de colère.

Puis se retrouva nu,
amputé à chaque souffle
de la moitié de lui.

En lui, l’enfant mort-né
revivait la détresse,
la perte de l’être aimé
et l’appel sans réponse.

Dans les cieux irréels,
des orages déchirés
rivalisaient en force
avec un soleil pur.
Ce fut grand affrontement.
Mais la lumière vainquit.

« Inspire, tu es vivant. Expire, tu souris à la vie. »

Alors il prit l’enfant
en ce temps de Janus
très ancien et très neuf,
et prit grand soin de lui,
respirant avec lui.

Dans le ciel bouleversé
inondé de lumière
un arc-en-ciel naquit
et lui souffla ces mots :

Accepte et traverse.
Ce Un que tu désires,
avec autant d’urgence,
ne se produira plus.
Tu dois vivre cela,
épouser le Grand Temps,
prendre soin de l’enfant.

Puis un rai de lumière
lui fit voir l’enfançon
porté par une vestale
émergeant des ténèbres
dans une robe blanche ;
l’éternel, et le lieu,
et l’offrande d’un souffle
dans la ville aux cent vents.

Vois !
Le chemin nouveau
se dessine devant toi,
et se crée sous tes pas
autant que tu le suis.
Une crête vibrante
entre deux gouffres usés :

ni avec, ni sans.

Une ligne incertaine
entre deux sommets sûrs :

inspir et expir.

Inspire, tu es vivant. Expire, souris à cette vie.

Tout ce que tu traverses,
c’est parce que la Vie t’aime,
et te prend un peu plus
chaque fois dans ses bras.

Et prends tendre patience.
Cette année les glycines
fleuriront en hiver.