À toi, qui effaces une vie

À toi, qui effaces une vie
Aussi froidement qu’on efface
Un nom d’un téléphone,

Homme ou femme de la terreur

Tu n’effaces pas seulement « une » vie
Tu effaces un milliard d’étoiles
Dans un ciel de vécu

Chaque étoile : une pensée,
Une expérience, une sensation,
Un sentiment, une émotion

Chaque étoile : une étincelle du vivre
Donnée et recueillie

Tu effaces le sourire d'une mère
Sur le cœur d'un enfant
Est-ce ça dont tu as manqué?

Tu effaces la joie d’un père
Sur les yeux d’un enfant
Est-ce cela que tu n’as pas reçu ?

Tu effaces les rires
Un milliard de rires
et de joies partagées
Est-ce ça qui t’était étranger?

Tu effaces ce ciel de vécu
Ces constellations de sensations
D'émotions,
de ressentis et d'expérience
Ton ciel était donc si pauvre?

Tu effaces des océans d'envies
De projets, d'élans
Et d'aspirations
Ta terre était si sèche?

Tu effaces un regard
Une fenêtre sur le monde
Que le monde se donne
N’étais-tu entouré
Que des murs aveugles?

Toi qui effaces une vie
Quelle main ne t'a pas été tendue
Pour que la tienne tranche la chair
Si facilement?

Quelle tendresse ne t'a pas été insufflée
Pour que ta détermination 
Soit si froide, si implacable
À en glacer le sang?

Toi qui effaces une vie
As-tu jamais pu connaître
La beauté de la nature?
La splendeur d’un ciel d’automne
T'était donc interdite?

Vivons nous dans des mondes distincts?
Respirons-nous des airs différents?
Abritons-nous des sangs étrangers?

Alors dis-moi, toi qui effaces une vie
En quoi sommes-nous différents
Fondamentalement,
Toi et moi?

N'avons-nous pas besoin de la même eau
Lorsque nous souffrons de la soif?
Des mêmes soins
Lorsque nous sommes blessés?
Des mêmes attentions
Lorsque nous nous sentons seuls?
De la même joie
Lorsque nous aimons partager?
Et, lorsque nous sommes fatigués,
Notre corps ne prend-il pas,
Naturellement,
Les mêmes positions
Pour se reposer?

Dis-moi, errant d’un vide immense;
Qu'est ce que la chance?
Dans quels pièges es-tu tombé
Que je n'aurais pu connaître?

Toi qui effaces une vie,
Tu peux souffler ma vie
Et diffracter sa flamme
En milliards de bougies
Dans des mains anonymes

Mais, toi, qui effaces une vie,
Aide-moi à te comprendre
Aide-moi à comprendre en quoi
J’ai participé à te créer,

Car si je ne suis pas responsable de tes actes
Je me sens coresponsable de ce monde
Qui t’a créé, qui a créé ta vie
Ce monde,Notre monde à nous tous

Et si tu ne devais m’offrir qu’une seule chose
Fais-moi don d’une question,
Une seule :

Suis-je bien sûr d'avoir tout essayé
Qui fut à ma portée
Pour que tu vives et existes
Et non existes sans vivre?

Toi qui effaces une vie
Toi, mon frère humain