Ainsi t’ai-je vue

Une car­mélite can­ni­bale
Rougeoy­ant des feux
D’une très anci­enne revanche
Au goût de sable ensanglan­té
De prob­a­bles arènes

Une cap­tieuse fleuris­sant
De mille gerbes odor­antes
Aux couleurs irréelles
Les pas de tes semblables

Une lionne alan­guie
Repue et con­tentée
À l’ombre fraîche
D’un arbre mâle souverain

Une déesse fer­tile
Enfan­tant sans cesse
Le récon­fort des hommes
Col­lier de col­ib­ris de pour­pre
Jeté sur tes épaules

Une brise de mer
Souf­fle chaud et par­fum de gorge
Venue des hori­zons incer­tains
Pour­point d’ambre veloutée

Une petite fille insup­port­able
Sœur de lumière
Des quartz purs
Ciselés d’altitudes insondables

Une poupée gigogne
Au son de nacre ciselée
Sans cesse réin­ven­tée
Se nour­ris­sant d’elle-même

Une danseuse las­cive aux pieds nus
Vio­lem­ment belle aux ombres du matin
La fraîcheur de la pierre
Ne peut rien tenter

Une guer­rière apa­tride
Au fuse­lage d’argent
Foudroy­ant
Déchi­rant l’atmosphère
De ses avidités

Fille de l’orage et du vent
Imposant le silence
Aux intimes bavardages
Vom­is­sant le lait maternel

Une brise d’âme sauvage
Agis­sant de con­cert
Exco­mu­nio
Avec les puis­sances secrètes
Terre, feu et eau

Une rep­tili­enne ondoy­ante
Ellip­tique en son cen­tre
Trompant ses pro­pres feux
Inso­lente, à la face des dieux

Capricieuse ingénue
Éton­nante per­verse
Net­toyeuse de fir­ma­ment
Une eau tour­bil­lon­nante
Sous un ciel noir d’étoiles

Femme mère immuable
Dans sa fécon­dité
Récon­for­t­ant les hommes
Redonnant forme au monde
S’égarant volon­tiers
Dans des voûtes obscures

Ain­si t’ai-je vue

mise à jour :  20 juin 2021