Je suis issu d’un temps de pierre

Je suis issu d’un temps de pierre.

Je suis issu d’un temps où le pas des hommes réson­nait sur la pierre.
Où les hommes eux-mêmes raison­naient sur la pierre.
Un temps où sable, pierre, bois et verre bâtis­saient des églis­es.
Où les fontaines don­naient voix aux rochers.
Un temps qui s’est per­du, mais qui, pour­tant, demeure.
Con­fusé­ment. Irrémé­di­a­ble­ment.
Je sens bien qu’un lien sub­siste.
L’ombre du pas d’un homme,
Le cli­quetis d’un sabot,
Une coulée de lierre à l’angle d’une façade,
Une sil­hou­ette dis­parais­sant dans une ruelle étroite,
Deux gar­ne­ments rou­blards, cas­quette et mains empochées,
Un regard curieux, tein­té de vague inquié­tude,
Et tou­jours le bois, la pierre, le sable et puis le verre.
Un panache de vapeur ? Steam­er ou bien loco,
Des éclats de pioche, à l’orée du cimetière,
Et le son des étoffes, qui s’échangent de mains,
L’osier empli de fruits,
Et la route poudrière…

Tout ceci est en moi, me tra­verse, me par­court. Il ne faudrait pas grand-chose pour que je m’y ary­thme et que je m’y replonge.

Je suis issu d’un temps de pierre.
Par­fois, à l’aurore,
un fris­son de roche
vient me le rappeler.

Et l’homme que je suis
Relisant avec ten­dresse
Les vers du tout jeune homme
Ecrits à ses vingt ans
N’ajoutera qu’une chose :

Et j’appelle que la pierre épouse le cristal.

(Roque­brune sur Argens)

mise à jour :  20 juin 2021