Un bouquet de glycines

À l’éblouissante
– autant qu’inaccessible –
Étoile phocéenne

Comme les mains des amants
qui s’épousent et se joignent,
don­nent nais­sance au temps,
leurs deux galax­ies s’étaient entrelacées.
Sim­ple ren­con­tre our­die par les lois du hasard,
ou promess­es croisées d’une très anci­enne grâce,
« cela » créa un monde
d’une mythique beauté
défi­ant les dieux du ciel,
jusqu’à frôler les pier­res
de la Ville Éternelle.

C’était le temps de l’Or
en pluie douce sur le corps.

Puis, si tôt, trop tôt, telle­ment tôt,
avant même le midi
et la sève écla­tante,
le ciel renou­velé les avait reposés
sur cette terre anci­enne
qui les avait connus.

Elle se reti­ra
vers quelque lieu sacré,
con­nu de son élu ;
et lui,
ivre de sa lumière et d’éclats de par­fum
se tint là,
avec le manque d’elle
et la ques­tion au cœur :
« Pourquoi si peu de temps ?»

*

Dans sa main il tenait
un bou­quet de glycines
égrené par le vent.

*

Une force grav­i­taire de nature nucléaire
aspi­rait son regard, son cœur et ses pen­sées
vers un vor­tex d’histoire.

Il bas­cu­la de monde,
son cen­tre s’excommunia.
Il se vit sub­mergé par des vagues aveu­gles
dans une eau noire acide
fou­et­tant des rives meur­tries
aux récifs de colère.

Puis se retrou­va nu,
amputé à chaque souf­fle
de la moitié de lui ;
l’hiver envahis­sait tous les calendriers.

En lui, l’enfant né à grand-peine
revivait la détresse,
la perte de l’être aimé
et l’appel sans réponse.
En ce temps de Janus très ancien et très neuf,
il prit soin de l’enfant, res­pi­rant avec lui :

« Inspire, tu es vivant. Expire, tu souris à la vie. »

Dans les cieux du réel, des orages déchirés,
rival­isant en force avec un soleil pur
con­tre­di­s­aient toutes habi­tudes.
De ces noces à con­naître
naquit un arc-en-ciel…
Il leva les yeux et sut qu’il devait écouter
et trans­met­tre à l’enfant les paroles de l’arc :

« Accepte et tra­verse.
Ce Un que tu désires,
avec autant d’urgence,
ne se pro­duira plus.
Tu dois vivre cela,
épouser le Grand Temps,
pren­dre soin de l’enfant. »

Puis un rai de lumière lui fit voir l’enfançon
porté par une vestale
émergeant des ténèbres
dans une robe blanche ;
l’éternel, et le lieu,
et l’offrande d’un souf­fle
dans la ville aux cent vents.

« Ce sont les noces sacrées de la brûlure du désir,
de la fraîcheur du rêve,
et de la flamme ardente
du plus beau feu d’amour
qui fleurirent trop vite
ce bou­quet mys­térieux
que vos mains effleurèrent.

Inspire, tu es vivant. Expire, et souris à ta vie.

Mais vois ! Vois et pressens.
Le chemin nou­veau se des­sine devant toi,
et se crée sous tes pas autant que tu le suis.
Une crête vibrante entre deux gouf­fres : ni avec, ni sans.
Une ligne incer­taine entre deux som­mets sûrs : inspir et expir.

Une nou­velle fois est temps
de répon­dre par l’agir
à cette invitation :

Tout ce que tu tra­vers­es, c’est parce que la Vie t’aime,
et te prend un peu plus chaque fois dans ses bras.

Inspire, tu es vivant. Expire, souris à cette vie.

Et prends ten­dre patience.
Cette année les glycines
fleuriront en hiver. »

mise à jour :  20 juin 2021