La millième mort
de Wilhelm Reich

6 décembre 2014

— 3/4 —

À propos du cancer
Les organismes atteints de cancer présentant souvent un affaiblissement d'énergie vitale, Reich a orienté une partie de ses travaux dans cette direction et eu recours aux accumulateurs. En laboratoire il a obtenu des résultats très encourageants sur des souris. Chez les humains, il a constaté chez certaines personnes une nette amélioration de l'état de santé, mais ces cas étaient trop peu nombreux pour une validation scientifique, reconnait-il en toute honnêteté. Il souhaitait ardemment poursuivre ses expériences mais il n’a jamais prétendu guérir le cancer pour autant. Laissons la parole à Reich lui-même : « Je ne [suis pas] sans une certaine inquiétude, tenant surtout au fait que de nombreux lecteurs de nos publications vont se mettre à croire maintenant qu’une guérison du cancer a été découverte. Ce n’est pas du tout le cas. » (La biopathie du cancer, 1948)1

À propos de la sexualité
Dans les accumulateurs, certaines personnes ont ressenti des manifestations physiques que Reich attribue aux effets d’une augmentation de l’énergie vitale de la personne au contact d’un environnement concentré en énergie d’Orgone. Picotements, fourmillements, sensations de chaleur ou froid, etc… Certaines personnes ont expérimenté des sensations d’excitation sexuelle allant jusqu'à une forme de plaisir orgasmique, ce que Reich a consigné dans ses rapports et communiqué. Mais cette idée que les accumulateurs avaient été conçus dans ce but est totalement étrangère à la démarche de Reich. Elle n’est que le fruit d’une déviation malsaine dans l’imaginaire fantasmatique de certains2. Jamais Reich n’a voulu, en créant les accumulateurs à Orgone, créer des machines à plaisir sexuel ou à orgasme. Et jamais il n’en a fait commerce, proposant seulement aux patients volontaires de donner une contrepartie libre au traitement qu’ils recevaient.

Mais pourquoi ces erreurs ?
Rappelons que toutes ces idées fausses (et quelques autres encore) trouvent leur origine dans une campagne de presse initiée en 1947 par la journaliste Mildred Edie Brady, qui fournira la base idéologique aux contempteurs de Reich. Le fait qu’il fut inscrit quelques années dans les années 30 au PC allemand via lequel il estimait —naïvement reconnut-il bien vite avant de le quitter— pouvoir diffuser ses idées novatrices quant à la prévention des névroses individuelles, ne fut pas étranger à sa condamnation, en plein maccartisme. La force et l’originalité de la pensée de Reich et son histoire personnelle ont heurté de plein fouet la hantise du communisme et la morale puritaine et bien-pensante américaines de l'immédiat après-guerre. Reich ne fut pas de taille, et toutes les tentatives qu'il fit pour se défendre, le plus souvent seul, n'eurent pour effet que de l'enfoncer davantage.

  1. À lire Reich, on comprend que sa vision était encore plus radicale : le cancer est la manifestation d'un retournement de la force de vie contre soi, dû à des répressions trop longtemps exercée par l'individu et son entourage sur la circulation et l'expression libres de cette même force de vie. La guérison serait donc conditionnée à un changement du patient dans son être profond en toute autonomie, tandis qu'une intervention extérieure ne ferait que supprimer le symptôme. Selon lui "C'est une illusion dangereuse de croire que le cancer puisse être guéri à l'aide d'un traitement quel qu'il soit —médicaments, bistouri ou énergie d'orgone" (La biopathie du cancer, 1948). Pas plus ajouterais-je aujourd'hui qu'une intervention en amont par filtrage d'une prétendue origine génétique, le gêne prédisposant seulement à la forme d'expression de ce retournement. []
  2. Dans un de ses films Woody Allen se moque avec humour de cette conception naïve avec une machine futuriste nommée orgasmatron []

Pages 1 2 3 4