La millième mort
de Wilhelm Reich

6 décembre 2014

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Avec acharnement, les détracteurs de Reich demandèrent et obtinrent sa condamnation et incarcération1. Condamnation qui aboutit à ce fait unique, d’une brutalité inouïe dans l’Amérique des année 50 : un autodafé de toute l’œuvre d’un scientifique. Rendez-vous compte! Un bûcher de ses livres, projets de livres, bulletins d’association, carnets, travaux, objets et matériels de laboratoires, dont les fameux accumulateurs. Reich mourut en prison fédérale de Lewisburg quelques mois plus tard, après s’être curieusement porté volontaire pour des expériences médicamenteuses et avoir confié à un de ses codétenus la veille de sa mort qu’on s’apprêtait à lui donner la dose fatale cette nuit-là (Roger Dadoun, Cent fleurs pour Wilhelm Reich, page 33).

De plus, dans les années 60, la pensée reichienne— dont beaucoup d’éléments sont indéniablement révolutionnaires—fut parfois associée au mouvement de libération sexuelle. Sur ce point, rappelons que si Reich a jamais été partisan d’une libération sexuelle, ce fut, en plus d’une prophylaxie des névroses et maladies, au sens d’une levée active des interdits familiaux et sociaux empêchant l’être humain d’accéder à l’expression naturelle de sa génialité (à prendre au sens large, pas uniquement sexuel). Mais peut-être pas au sens où l’entendaient ceux qui, reprenant passionnément ses thèses, cherchaient à en extraire une idéologie politique. C’est ainsi que les mêmes erreurs et fantasmes furent entretenus, par ses admirateurs cette fois-ci.

Ne plus boire -et faire boire- de l'eau croupie
À chaque fois que ces mauvaises interprétations tenaces sont rediffusées, pour le pire ou le meilleur, par ignorance ou idéalisation, c’est comme si l’œuvre de Reich était de nouveau brûlée2.

Reich fut pourchassé et rejeté toute sa vie car il dénonçait sans cesse et sans concession les petits arrangements intérieurs de l’homme transi de peur devant sa vraie nature oubliée, et les prolongements systémiques de cette peur dans les sphères sociale, politique et économique. Quoi qu’on pense de lui, de sa vie et de son œuvre, de son génie ou de ses provocations, de sa paranoïa ou de sa prodigieuse force de travail, le moins qu’on puisse faire pour en parler serait de poser notre connaissance sur les bases d’une appréciation juste. Et cesser de puiser à une nappe phréatique éternellement croupie. Quand bien même ce serait pour être critiquée, combattue ou dénigrée, l’œuvre de Reich a besoin qu’on soit objectif à son égard.

Pour ma part, ma conviction est faite.

Mille fois mort. Mille fois ressuscité. Mille et une fois vivant.

Tel est le destin imparable de Wilhelm Reich.

  1. Le procès intenté par la FDÀ (Food and Drug Administration) en 1954 se concentra sur (1) le transport d'appareils de traitement - les accumulateurs d'Orgone à usage médical - à travers les États Américains sans licence et sans avoir démontré leur effet ou capacité thérapeutique, et sur (2) la pratique de cures médicales sans un permis médical (bien que médecin, Reich n'était pas licencié et reconnu comme tel aux États-Unis). On l'accusa de double fraude, commerciale et médicale. Ayant perdu le procès sur la première injonction, Reich refusera de reconnaître la légitimité du tribunal. De plus - et à ce propos il a plutôt raison - il refuse de reconnaître la compétence d’un tribunal quel qu’il soit pour juger ou évaluer des découvertes scientifiques, et de surcroît les siennes en particulier. La vérité, qu’elle soit dite, c'est que le FDÀ na jamais étudié ou examiné le fonctionnement des accumulateurs d'Orgone. Dans l'ambiance d’alors – chasse aux sorcières du maccarthysme et psychiatrisation de la pensée –, ce ne fut pas difficile de détruire Reich. En 1956, il sera condamné pour outrage à la cour à deux années d'emprisonnement.
    Source : http://www.encyclopedianomadica.org/French/ []
  2. Pour celles et ceux qui souhaitent avoir une vision plus juste de Reich et de son œuvre, je renvoie aux écrits de Roger Dadoun, Gérard Guash et Jacques Lesage-Delahaye []

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