Pourquoi les parents devraient laisser leurs enfants tranquilles

Dominique Radisson

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Pour le peu­ple Win­tu de Cal­i­fornie, le respect tra­di­tion­nel pour l’autonomie de la volon­té est si pro­fondé­ment ancré qu’il imprègne le lan­gage lui-même. En français, si vous “emmenez un bébé » quelque part, il y a un sen­ti­ment de con­trainte implicite. Le Win­tu ne peut pas le dire ain­si, il doit le dire : “Je suis allé avec le bébé. » « J’ai sur­veil­lé l’enfant” serait : “J’ai sur­veil­lé avec l’enfant ». Le Win­tu ne pour­rait pas con­train­dre quelqu’un, même s’il le voulait : sa langue ne lui lais­serait pas faire. Quand un enfant Win­tu demande : “Est-ce-que je peux… ? » il ne demande pas la per­mis­sion d’un seul par­ent, mais des éclair­cisse­ments quant à savoir si les lois plus générales le per­me­t­tent, ain­si un enfant ne se sent pas à la mer­ci de la volon­té d’un seul adulte avec des règles qui peu­vent sem­bler capricieuses et arbitraires.

Prenons un peu de recul. Laiss­er faire les enfants ? Faire sim­ple­ment ce qu’ils aiment ? Ce ne serait pas un désas­tre total ? Oui, si les par­ents ne met­tent en pra­tique que la pre­mière moitié de la méth­ode. Dans le lex­ique cul­turel de la moder­nité, la volon­té pro­pre est sou­vent banale­ment com­prise comme un com­porte­ment égoïste d’enfant gâté. Pour­tant, volon­té ne veut pas dire égoïsme et autonomie per­son­nelle n’est pas syn­onyme de méchanceté envers les autres. C’est tout le con­traire. Les enfants Ngarinyin en Aus­tralie gran­dis­saient tra­di­tion­nelle­ment sans autorité ni con­trainte, mais ils appre­naient très tôt la social­i­sa­tion. C’est la sec­onde moitié de la méth­ode. Les enfants à tra­vers la social­i­sa­tion appren­nent et respectent la volon­té et l’autonomie des autres de sorte que, à mesure qu’ils gran­dis­sent et lorsque cela est néces­saire, ils appren­nent à maîtris­er leur pro­pre volon­té afin de main­tenir de bonnes rela­tions sociales. Pour qu’une com­mu­nauté fonc­tionne bien, il est par­fois néces­saire pour un indi­vidu de con­tenir sa pro­pre volon­té mais surtout, il ne doit pas y être con­traint par quelqu’un d’autre.

Par­mi les peu­ples Inu­it et Sami, on observe une exi­gence explicite pour que les enfants appren­nent l’autorégulation. Les adultes main­ti­en­nent une courte dis­tance diplo­ma­tique. Un enfant “apprend seul » est une expres­sion Sami courante. Les enfants Sami sont entraînés à con­trôler la colère, la sen­si­bil­ité, l’agressivité et la honte. Les Inu­its met­tent l’accent sur le fait que les enfants doivent appren­dre la maîtrise de soi – avec pru­dence. L’enfant ne doit pas être con­trôlé par un tiers et voir sa volon­té niée, mais doit appren­dre à se con­trôler lui-même.

La volon­té est la force motrice de l’enfant : elle le fait avancer de lui-même, alors que l’obéissance oblige l’enfant mal­gré lui. Ceux qui veu­lent nier la volon­té de l’enfant ont “l’obéissance” comme mot d’ordre, car ils craig­nent la désobéis­sance et le désor­dre et croient que si l’enfant n’est pas con­trôlé, le chaos en résul­tera. Mais ce sont de faux antonymes. Le con­traire de l’obéissance n’est pas la désobéis­sance mais l’indépendance. Le con­traire de l’ordre n’est pas le désor­dre, mais la lib­erté. Le con­traire du con­trôle n’est pas le chaos, mais la maîtrise de soi.

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