Pourquoi les parents devraient
laisser leurs enfants tranquilles

14 juin 2013
Extrait de :
Why parents should leave their kids alone
Jay Griffiths (The Guardian)


— 5/5 —

Pour le peuple Wintu de Californie, le respect traditionnel pour l'autonomie de la volonté est si profondément ancré qu'il imprègne le langage lui-même. En français, si vous “emmenez un bébé" quelque part, il y a un sentiment de contrainte implicite. Le Wintu ne peut pas le dire ainsi, il doit le dire : “Je suis allé avec le bébé." "J'ai surveillé l'enfant” serait : “J'ai surveillé avec l'enfant". Le Wintu ne pourrait pas contraindre quelqu'un, même s’il le voulait : sa langue ne lui laisserait pas faire. Quand un enfant Wintu demande: “Est-ce-que je peux… ?" il ne demande pas la permission d'un seul parent, mais des éclaircissements quant à savoir si les lois plus générales le permettent, ainsi un enfant ne se sent pas à la merci de la volonté d'un seul adulte avec des règles qui peuvent sembler capricieuses et arbitraires.

Prenons un peu de recul. Laisser faire les enfants ? Faire simplement ce qu'ils aiment ? Ce ne serait pas un désastre total ? Oui, si les parents ne mettent en pratique que la première moitié de la méthode. Dans le lexique culturel de la modernité, la volonté propre est souvent banalement comprise comme un comportement égoïste d’enfant gâté. Pourtant, volonté ne veut pas dire égoïsme et autonomie personnelle n’est pas synonyme de méchanceté envers les autres. C’est tout le contraire. Les enfants Ngarinyin en Australie grandissaient traditionnellement sans autorité ni contrainte, mais ils apprenaient très tôt la socialisation. C'est la seconde moitié de la méthode. Les enfants à travers la socialisation apprennent et respectent la volonté et l'autonomie des autres de sorte que, à mesure qu'ils grandissent et lorsque cela est nécessaire, ils apprennent à maîtriser leur propre volonté afin de maintenir de bonnes relations sociales. Pour qu’une communauté fonctionne bien, il est parfois nécessaire pour un individu de contenir sa propre volonté mais surtout, il ne doit pas y être contraint par quelqu'un d'autre.

Parmi les peuples Inuit et Sami, on observe une exigence explicite pour que les enfants apprennent l’autorégulation. Les adultes maintiennent une courte distance diplomatique. Un enfant “apprend seul" est une expression Sami courante. Les enfants Sami sont entraînés à contrôler la colère, la sensibilité, l'agressivité et la honte. Les Inuits mettent l’accent sur le fait que les enfants doivent apprendre la maîtrise de soi - avec prudence. L'enfant ne doit pas être contrôlé par un tiers et voir sa volonté niée, mais doit apprendre à se contrôler lui-même.

La volonté est la force motrice de l'enfant : elle le fait avancer de lui-même, alors que l'obéissance oblige l’enfant malgré lui. Ceux qui veulent nier la volonté de l’enfant ont “l'obéissance” comme mot d'ordre, car ils craignent la désobéissance et le désordre et croient que si l’enfant n'est pas contrôlé, le chaos en résultera. Mais ce sont de faux antonymes. Le contraire de l'obéissance n'est pas la désobéissance mais l'indépendance. Le contraire de l'ordre n'est pas le désordre, mais la liberté. Le contraire du contrôle n'est pas le chaos, mais la maîtrise de soi.

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